Lieu d'être

 

Tu t’es déjà demandé pourquoi chanter « Om » ou répéter des mantras dans une langue que tu ne comprends même pas pouvait avoir un effet aussi apaisant ? Si tu as déjà participé à un cours de Kundalini yoga, tu as probablement expérimenté ces moments où l’harmonie se crée et toute la salle vibre à l’unisson. Et non, ce n’est pas juste un truc un peu ésotérique pour « faire genre » – il se passe des choses fascinantes au niveau physiologique (entre autres…).

Qu’est-ce qu’un mantra, au juste ?

Un mantra, c’est essentiellement une formule sonore qu’on répète à voix haute ou mentalement. Les sons que nous entendons avec nos oreilles sont des vibrations audibles. Les pensées sont des sons silencieux, des vibrations électromagnétiques. 

En Kundalini yoga, on utilise de nombreux mantras, du puissant « Ong Namo Guru Dev Namo » pour ouvrir la pratique et se connecter à la sagesse, au traditionnel « Sat Nam » (véritable identité) qui s’utilise pour clore chaque séance ou comme salutation. Ces mantras sont en gurmukhi, l’écriture sacrée utilisée pour transcrire le pendjabi et les textes sikhs. Le gurmukhi signifie littéralement « de la bouche du Guru* ». Cette écriture, standardisée au 16ème siècle, est conçue de manière phonétique – chaque lettre correspond à un son précis – ce qui permet de préserver l’exactitude de la prononciation des mantras à travers les siècles. 

La précision phonétique est considérée comme essentielle car chaque syllabe vient créer une vibration spécifique dans le corps. Le son est une forme d’énergie qui a une structure, un pouvoir et un effet prédictible. Chaque chose dans l’univers correspond à une fréquence vibratoire. En faisant vibrer une combinaison particulière de sons, on s’harmonise avec des niveaux d’intelligence ou de conscience spécifiques.

La science derrière la vibration

Quand on chante un mantra, plusieurs phénomènes physiques se produisent simultanément. D’abord, il y a la vibration mécanique : la langue frappe certains points précis du palais et vient stimuler les 84 points méridiens du palais dur. Comme les touches d’un clavier, cette stimulation envoie des signaux directement à l’hypothalamus. Niché au centre du cerveau, c’est le chef d’orchestre de notre physiologie (faim, soif, température corporelle, sommeil, émotions, sexualité, …)

Un deuxième effet concerne le système respiratoire. Chanter oblige à allonger l’expiration, ce qui active le système nerveux parasympathique – celui qui nous calme et nous détend. C’est un peu comme appuyer sur le bouton « pause » de notre organisme (trop) souvent en mode (très) actif géré par système nerveux sympathique (celui responsable du stress).

Des études en neurosciences (International Journal of Yoga, 2016) ont montré que la répétition rythmique de sons crée une synchronisation des ondes cérébrales. La récitation de mantras augmente significativement les ondes alpha et thêta, associées à la relaxation profonde et à la méditation. Notre cerveau passe progressivement d’ondes bêta (état d’éveil normal, parfois anxieux) à ces états plus apaisés. Se sentir bien après avoir chanté un  mantra n’est donc pas juste subjectif, c’est physiologique.

Les bienfaits concrets

Au-delà de la sensation de bien-être sur le moment, la pratique régulière des mantras apporte des bénéfices mesurables. Plusieurs études (Brain and Behavior, 2018 ; British Medical Journal, 2001) ont révélé une réduction significative du cortisol (l’hormone du stress) chez les participants pratiquant le chant de mantras régulièrement et démontré une amélioration de la variabilité de la fréquence cardiaque – un indicateur de bonne santé cardiovasculaire.

En 2017 (Complementary Therapies in Medicine), ce sont des effets positifs sur l’anxiété et la dépression qui sont mis en avant, avec des résultats comparables à certaines interventions thérapeutiques conventionnelles.

Il y a aussi l’aspect fascinant de la mémoire musculaire sonore. Notre corps a la capacité innée de « se souvenir » des mantras, et avec le temps, il suffit de quelques répétitions pour retrouver cet état de calme. C’est comme créer un raccourci vers la sérénité. Intéressant, non ? 

La dimension communautaire apporte aussi son lot de bienfaits. Quand nous chantons en groupe, nos voix se synchronisent, créant ce qu’on appelle en physique une « résonance ». Nous vibrons littéralement ensemble, à l’unisson, ce qui renforce le sentiment de connexion et d’appartenance. On sous-estime souvent à quel point le lien social est indispensable à notre bien-être.

Last but not least, le mantra occupe le mental. Le cerveau est fait pour entretenir une discussion intérieure permanente et chercher des sensations. Essayer de créer le silence complet ou faire barrage aux pensées est peine perdue, à moins de pouvoir méditer à 12h heures par jour comme cette nonne bouddhiste que j’ai rencontrée récemment. Pour nous, communs des mortels, il est bien plus efficace de synchroniser notre mental avec les sons et la respiration à travers le chant d’un mantra.

Une expérience émouvante

Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de donner des cours de yoga dans le cadre scolaire. Face à des classes entières d’enfants de 5 à 11 ans, je souhaitais maintenir le Sat Nam de la fin de séance sans pour autant justifier en long, en large et en travers le caractère non religieux ou dogmatique de la pratique. J’ai alors opté pour expliquer simplement les deux mots (Sat – Vérité ; Nam – Identité) et dire que se relier à sa véritable identité, c’était une manière de dire « Je suis Joëlle et je suis bien plus que ça. Je suis merveilleuse ». Puis debout en cercle, je regardais les enfants dans les yeux, l’un après l’autre, en leur répétant « Tu es merveilleuse », « Tu es merveilleux ». 

Dans la salle de gym, c’était comme si le temps se suspendait. Un sentiment de révérence nous enveloppait, alors que les enfants attendaient leur tour. Certains accueillaient mes mots avec un visage qui s’illuminait, d’autres avaient les yeux brillants, et parfois recevoir autant d’amour inconditionnel était visiblement déstabilisant. Ces 3 mots ne laissaient aucun enfant indifférent et j’en garde un souvenir très émouvant. 

Deux syllabes pour commencer

Lorsqu’une nouvelle personne rejoint un cours de Kundalini yoga, sa voix est généralement timide. Chanter en présence d’autres personnes provoque souvent de la gêne. Au début. Et rapidement, la voix se libère. Combien de fois n’ai-je pas entendu des participant·es mentionner à quel point le chant de mantras faisait maintenant partie de leur vie, au-delà des séances de yoga.

Bien sûr, ce n’est pas un concours de chant : nul besoin d’avoir une voix de soprano ou des connaissances en solfège. Si tu ne peux ou veux pas venir aux cours de Kundalini, tu peux simplement commencer par « Sat Nam » – deux syllabes, facile à retenir. Personnellement, j’aime le répéter mentalement en marchant. Il rythme mes pas et m’entraîne dans une méditation active.

Un mantra pour chaque situation

Il existe des centaines de mantras « officiels » et tu peux inventer le tien à ta guise. On a mis ici à disposition une trentaine mantras fréquemment utilisés en Kundalini yoga. Tu peux télécharger les paroles avec la signification du mantra. En parcourant ta plateforme de streaming préférée, tu trouveras de nombreuses versions chantées pour créer tes propres playlists. 

Les mantras créent un pont magnifique entre sagesse ancestrale et science moderne. Ils nous rappellent que notre corps est un instrument, et que les sons qu’on produit ont le pouvoir de nous transformer de l’intérieur. Mais surtout, ne me crois pas sur parole. Expérimente ! 

Sat Nam. 

* Guru signifie littéralement « de l’ombre à la lumière ». Ce terme fait référence à toute expérience, livre, personne ou prise de conscience qui nous aide à passer de l’ignorance (ombre) à la connaissance (lumière). Dans sa forme originelle, il n’a aucun lien avec l’emprise ou la manipulation qui connote ce mot en français. 

Texte rédigé par Joëlle Dey-Boada avec l’aide de l’AI pour l’apport de références scientifiques.

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